Villages et paysages · Une porte, un village
Vic-sur-Seille, la ville des évêques de Metz et de Georges de La Tour
Petite ville du Saulnois enrichie par le sel, Vic-sur-Seille fut la résidence des évêques de Metz et a vu naître le peintre Georges de La Tour.

Vic-sur-Seille compte un peu plus de 1 300 habitants. Rien, à première vue, ne la distingue des bourgs du Saulnois, ce pays de collines et de prairies humides au sud de la Moselle. Puis on lève les yeux sur une façade gothique ciselée, on passe sous une porte flanquée de deux tours, on entre dans un musée où brille une toile de Georges de La Tour. Pendant quatre siècles, cette petite ville a été le siège du pouvoir temporel des évêques de Metz. Elle le doit au sel.
Une ville bâtie sur le sel
La Seille, rivière lente qui file vers Metz, traverse une plaine où le sous-sol renferme du sel gemme. Les sources qui en sortent sont salées. Dès la seconde moitié du VIᵉ siècle avant notre ère, on y fait bouillir la saumure dans des récipients d’argile, que l’on brise ensuite pour en extraire des pains de sel. Les débris de ces moules et de ces fours, que les archéologues appellent le briquetage de la Seille, s’étalent sur une dizaine de kilomètres de vallée et forment par endroits des couches épaisses de plusieurs mètres. Vic, Moyenvic et Marsal sont nées sur ces amas.
Le sel a fait la richesse de la ville jusqu’à l’époque moderne. La vigne aussi : Vic est aujourd’hui encore une commune de l’AOC Moselle, connue pour son vin gris.
La capitale des évêques de Metz
Au XIIIᵉ siècle, les bourgeois de Metz s’affranchissent de l’autorité de leur évêque. Celui-ci se replie sur Vic, à une cinquantaine de kilomètres, au cœur de ses terres et de ses salines. La ville devient la capitale de son temporel, c’est-à-dire des terres qu’il gouverne en prince, et le reste jusqu’en 1648.
| Date | Ce qui se passe à Vic |
|---|---|
| Années 1230 | Les évêques de Metz s’installent à Vic |
| 1456 | Construction de l’Hôtel de la Monnaie |
| 14 mars 1593 | Baptême de Georges de La Tour à l’église Saint-Marien |
| 6 janvier 1632 | Traité de Vic entre Louis XIII et le duc Charles IV de Lorraine |
| 1648 | Les traités de Westphalie rattachent les Trois-Évêchés à la France |
| 1871-1918 | Annexée à l’Empire allemand, la ville s’appelle Wich |
L’Hôtel de la Monnaie
Commencez par la place du Palais. L’Hôtel de la Monnaie est un bel exemple de gothique flamboyant : fenêtres à meneaux sous des arcs sculptés, tympan ouvragé au-dessus de la porte, et, à l’angle, une Vierge à l’Enfant dans sa niche. La campagne de construction est datée de 1456. Sous le toit, la galerie de bois ajourée est plus récente : elle a été ajoutée au début du XXᵉ siècle. Ses façades et ses toitures sont classées monument historique depuis 1930.
Son nom intrigue : rien ne prouve qu’on y ait jamais frappé monnaie. Restaurée en 2002-2003, la maison abrite l’office de tourisme du Pays du Saulnois, qui renseigne sur les visites commentées de la ville et sur les horaires des sites.
Le château des évêques et le couvent des Carmes
Du château des évêques, commencé à la fin du XIIᵉ siècle sous l’évêque Bertram et agrandi jusqu’au XVᵉ siècle, il reste surtout la porte, entre deux tours rondes coiffées d’ardoise, classée monument historique. Le château, ravagé par un incendie en 1815, était en ruine quand la commune l’a racheté en 1866. Ses fossés, restaurés en 2013, servent aujourd’hui de refuge à des amphibiens protégés.

Photo : GFreihalter, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Sur la même place, le couvent des Carmes, bâti de 1675 à 1733, accueille la mairie. Son ancienne église a servi de halle couverte, puis de salle des fêtes. Façade et toitures sont inscrites aux monuments historiques depuis 1986. Dans les rues voisines, ouvrez l’œil : de nombreuses maisons du XVIIᵉ siècle portent la marque de la fin de la Renaissance et du baroque.
Gagnez ensuite l’église Saint-Marien, des XIIᵉ au XVIᵉ siècles, dont le clocher actuel date de 1881. C’est là que Georges de La Tour fut baptisé.
Georges de La Tour, l’enfant de Vic
Fils d’un boulanger, Georges de La Tour naît à Vic en 1593. Il s’y marie en 1617 avec Diane Le Nerf, issue d’une famille noble de Lunéville, et s’installe deux ans plus tard dans cette ville, où il travaille avec son fils Étienne. En 1639, il reçoit le titre de peintre ordinaire du roi Louis XIII. Il meurt à Lunéville en 1652. Puis son nom tombe dans l’oubli ; il faut attendre 1915 et l’historien d’art allemand Hermann Voss pour qu’on le redécouvre. On lui connaît aujourd’hui une quarantaine d’œuvres originales.
Le saviez-vous ? Le Saint Jean-Baptiste dans le désert du musée de Vic n’a été retrouvé qu’en 1993. Proposé aux enchères l’année suivante, il a été préempté par l’État pour le Département de la Moselle, et déclaré trésor national.
Le musée départemental Georges de La Tour
Le musée, ouvert en 2003 place Jeanne-d’Arc, occupe un bâtiment contemporain dessiné par l’architecte Vincent Brossy, à l’emplacement d’une maison du XVIIIᵉ siècle. Il porte le label Musée de France.
Il conserve deux tableaux du peintre. Le Saint Jean-Baptiste dans le désert, peint vers 1650, montre le saint penché vers un agneau, presque fondu dans l’ombre : une toile d’une grande économie, où la lumière sculpte le corps sans que l’on voie d’où elle vient. Le Profil de femme, acquis en 2004, est le fragment d’un tableau plus grand, découpé on ne sait quand ni pourquoi.

Georges de La Tour, Saint Jean-Baptiste dans le désert, vers 1650.
Le reste des salles doit beaucoup à une donation faite en 1998 par les historiens d’art Jacques et Guy Thuillier : 82 peintures françaises, du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle, dont des œuvres de Jacques Blanchard, Jacques Stella et Charles Le Brun. Les collections sont rangées par époque, d’un étage à l’autre, et une partie évoque l’histoire de Vic.
Combien de temps prévoir
- Une heure : la place du Palais, l’Hôtel de la Monnaie, la porte du château et l’église.
- Une demi-journée : ajoutez le musée, une heure à une heure et demie.
- Avec des enfants : les tours du château et le jeu des sculptures de la Monnaie (trouver la Vierge dans sa niche) les retiennent mieux que les salles de peinture.
- Accès : la ville se rejoint en voiture depuis Nancy ou Metz ; garez-vous en périphérie du centre et visitez à pied.
- Horaires : ceux du musée et des visites commentées se trouvent auprès de l’office de tourisme ou sur le site du Département de la Moselle.
Autour de Vic : le pays du sel
À cinq ou six kilomètres à l’est, Marsal est l’autre ville du sel. Elle a été une place forte, prise par Louis XIV en 1663, puis renforcée par Vauban. Sa porte de France, ancienne porte Notre-Dame, classée en 1928, abrite le musée départemental du Sel. C’est l’ancienne Maison du sel, ouverte en 1973 par le Parc naturel régional de Lorraine et reprise par le Département en 2004. On y suit l’histoire du sel lorrain, de l’âge du Fer à nos jours, et l’on comprend enfin sur quoi la ville est posée : son sol même est fait de briquetage.
Entre les deux, Moyenvic complète le trio des cités salines. Plus au nord, Château-Salins porte le sel jusque dans son nom. Si vous repartez vers Lunéville, sur les traces de La Tour, poussez jusqu’à son château et à sa faïence.