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La faïence de Lunéville–Saint-Clément : histoire, décors et où la voir

De Jacques Chambrette à la fermeture de 2022 : la faïence de Lunéville–Saint-Clément, ses décors, le château de Lunéville et comment regarder une pièce ancienne.

Publié le 26 septembre 2026

Pot à oille en faïence blanche à côtes, peint de fleurs et de feuillages violet-brun, avec des anses en forme de branches
Photo : G.Garitan, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La faïence de Lunéville est née au XVIIIᵉ siècle à Lunéville, en Meurthe-et-Moselle, à l’ombre de la cour des ducs de Lorraine. Elle s’est ensuite doublée d’une seconde manufacture à Saint-Clément, un village voisin, au point qu’on parle aujourd’hui de faïence de « Lunéville–Saint-Clément ». Pendant près de trois siècles, ces deux ateliers ont rempli les buffets lorrains, et bien au-delà.

Histoire de la faïence de Lunéville en quelques dates

Tout part d’une famille de marchands. Jacques Chambrette s’installe à Lunéville au début des années 1720 ; c’est en 1729, ou peut-être en 1730, qu’il ouvre sa première manufacture. La présence de la cour ducale, au château, lui assure une clientèle.

Date Ce qui se passe
1729 ou 1730 Jacques Chambrette ouvre sa manufacture à Lunéville.
1748 Mise au point d’une « terre de pipe », pâte fine et blanche.
1749 Le duc Stanislas accorde des privilèges à la manufacture.
1758 Ouverture autorisée de la manufacture de Saint-Clément.
1786 Sébastien Keller acquiert la manufacture de Lunéville.
1892 Keller et Guérin réunissent Lunéville et Saint-Clément.
1983 Fermeture de la faïencerie de Lunéville.
2022 Liquidation judiciaire de la faïencerie de Saint-Clément.

Pourquoi Saint-Clément ? Au milieu du XVIIIᵉ siècle, la Lorraine n’est pas encore française, et les faïences qui passent en France paient des droits. Chambrette adresse une requête à Louis XV en 1756 ; l’autorisation arrive le 3 janvier 1758. Saint-Clément se trouve alors sur les terres des Trois-Évêchés, donc en France : la manufacture y échappe à ces taxes.

Au XIXᵉ siècle, la famille Keller, associée aux Guérin, fait prospérer Lunéville ; la marque « K&G » en garde le souvenir. Autour de 1900, des artistes de l’Art nouveau, dont Ernest Bussière, Louis Majorelle et les frères Mougin, dessinent pour la manufacture, puis Charles Lemanceau à l’époque Art déco.

Grand feu, petit feu : comprendre les décors

Les premières faïences de Lunéville sont décorées au grand feu : le peintre pose ses couleurs sur l’émail cru, et tout cuit ensemble à haute température. Peu de couleurs y résistent, ce qui donne une palette restreinte et des tons francs.

Le petit feu, venu des manufactures allemandes, change tout. On peint sur l’émail déjà cuit, puis on recuit la pièce à plus basse température, dans un four à moufle. La palette s’élargit : roses tendres, verts fins, jaunes. Lunéville en tire sa collection dite « Réverbère », connue pour ses roses et ses tulipes, parfois appelée « Vieux Strasbourg ».

Plat ovale chantourné en faïence blanche, bordé de rouge, peint de bouquets de roses, de tulipes et de fleurs des champs

Plat de Lunéville du milieu du XVIIIᵉ siècle, Kunstgewerbemuseum de Berlin. Photo : Vassil, CC0, via Wikimedia Commons.

Vers 1765 apparaît le décor au chinois, souvent accompagné de papillons, inspiré des gravures de Jean Pillement. Il a traversé deux siècles et demi.

Chiens, lions et figurines de Cyfflé

Lunéville ne fait pas que de la vaisselle. La manufacture est connue pour ses garnitures de cheminée, ses surtouts de table et ses chiens de Fô, qu’on relie volontiers à l’expression « se regarder en chiens de faïence ». Les grands lions couchés ou assis sur leur terrasse, souvent par paires, font aussi partie des pièces qu’on associe à Lunéville.

À côté, Paul-Louis Cyfflé (1724-1806), sculpteur du duc Stanislas, ouvre vers 1765 sa propre manufacture à Lunéville. Il y produit des statuettes en « terre de Lorraine » si fines qu’on les confondait avec la porcelaine : petits métiers de la rue, couples mythologiques, portraits de Voltaire ou de Rousseau. Après la fermeture de son atelier, ses moules passent notamment à Niderviller et à Saint-Clément, qui continuent longtemps les figurines « à la Cyfflé ».

Le château de Lunéville, « Versailles lorrain »

Le château est construit de 1703 à 1720 pour le duc Léopold, sur les plans de Germain Boffrand notamment. Léopold y affirme sa souveraineté en s’inspirant de Versailles, d’où le surnom. De 1737 à sa mort en 1766, Stanislas y tient une cour brillante, ouverte aux philosophes des Lumières.

Le château de Lunéville vu depuis les jardins des Bosquets : allée de gravier, bassin, pelouses et façades sous un ciel gris

Photo : Pierre-Philippe Arnould, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 2 janvier 2003, un incendie détruit les deux tiers des appartements princiers et toute la toiture de l’aile sud-est. La restauration, engagée en 2005, se poursuit par étapes ; la chapelle a rouvert en 2010. Propriété du département de Meurthe-et-Moselle, le château présente aujourd’hui des collections de faïence de Lunéville. Prévoyez deux heures pour le musée et les jardins des Bosquets.

Où voir de la faïence de Lunéville aujourd’hui

  • Le château de Lunéville, pour replacer la faïence dans son décor de cour.
  • Le musée de la Céramique et de l’Ivoire de Commercy, dans la Meuse, où les faïences lorraines tiennent une place importante : à combiner avec la madeleine de Commercy.
  • Le musée lorrain, à Nancy, en conserve aussi ; son palais des ducs est fermé pour une longue rénovation. En attendant, la ville se découvre avec notre journée à Nancy.

La ville de Lunéville a fermé son ancienne salle consacrée à la faïence et prépare un musée dans l’ancienne église Saint-Maur ; il n’est pas encore ouvert. Quant à la faïencerie de Saint-Clément, elle a cessé son activité en 2022 : il n’y a plus d’atelier à visiter. Renseignez-vous auprès de l’office de tourisme avant de venir.

Comment regarder une pièce ancienne

Chiner de la faïence de Lunéville est tentant, sur les brocantes lorraines comme en salle des ventes. Quelques repères pour ne pas se tromper :

  1. La marque ne suffit pas. « K&G » renvoie à l’époque Keller et Guérin, donc au XIXᵉ siècle ou plus tard, pas aux débuts de Chambrette.
  2. Le décor non plus. Le décor au chinois et les roses du décor « Réverbère » ont été produits jusqu’à la fin de la manufacture.
  3. Regardez la technique. Une palette réduite et des couleurs fondues dans l’émail évoquent le grand feu ; des roses nuancés posés sur l’émail, le petit feu.
  4. Comparez avec des pièces de musée, datées et documentées, avant d’acheter.
  5. Pour une pièce de prix, demandez l’avis d’un expert ou d’un commissaire-priseur : seule l’expertise permet une datation sérieuse.

Après Lunéville, la route de la vallée de la Meurthe mène en une demi-heure à Baccarat : voir notre article sur le cristal de Baccarat.