La Voie sacrée, de Bar-le-Duc à Verdun : la route de 1916 et ses bornes
La Voie sacrée relie Bar-le-Duc à Verdun : la route qui a ravitaillé la bataille de 1916, ses bornes casquées, Souilly, et comment la parcourir aujourd’hui.

- Bar-le-Duc
- Rumont
- Chaumont-sur-Aire
- Souilly
- Moulin-Brûlé (Nixéville-Blercourt)
- Verdun
La Voie sacrée est la route qui relie Bar-le-Duc à Verdun, dans la Meuse. En 1916, pendant la bataille de Verdun, elle a été l’artère vitale qui amenait au front les hommes, les munitions et le matériel. Aujourd’hui, c’est une départementale jalonnée de bornes blanches et rouges coiffées d’un casque. La parcourir, c’est comprendre comment Verdun a tenu.
Pourquoi une seule route a sauvé Verdun
Le 21 février 1916, l’armée allemande attaque Verdun. La place forme alors un saillant mal relié à l’arrière. La grande ligne de chemin de fer par Sainte-Menehould, trop proche du front, est coupée par l’artillerie. Le petit train à voie étroite, le « Meusien », ne transporte que 800 tonnes par jour, dix fois moins qu’il ne faudrait.
Reste une route départementale d’une soixantaine de kilomètres, large de sept mètres, sinueuse et mal empierrée. Dès le 19 février, le capitaine Aimé Doumenc, du service automobile, est chargé de l’organiser. Une commission régulatrice est créée le lendemain ; elle fonctionne le 22 février. La route est réservée aux véhicules automobiles, découpée en six « cantons » surveillés. Doubler ou stationner est interdit, et un camion en panne qu’on ne peut remorquer est poussé dans le fossé.
La noria : un camion toutes les quatorze secondes
Les camions montent chargés et redescendent avec les unités relevées : c’est la noria. Les chiffres publiés par le ministère des Armées donnent la mesure de l’effort :
- près de 8 000 véhicules empruntent la route chaque jour : camions, ambulances, voitures de liaison ;
- un véhicule passe toutes les 14 secondes en moyenne, toutes les 5 secondes aux heures les plus fortes ;
- chaque jour, en moyenne, 13 000 combattants, 6 400 tonnes de matériel et 1 500 tonnes de munitions montent au front, soit environ 90 000 hommes par semaine ;
- les conducteurs tiennent le volant 18 heures d’affilée, parfois plus de dix jours de suite, et dorment au fond de leur camion.
Le 28 février arrive le dégel. La chaussée s’effondre sous les roues. Des bataillons de territoriaux ouvrent des carrières le long de la route et jettent la pierre à la pelle, en chaîne continue, sous les roues des camions qui font office de rouleau compresseur. En dix mois, plus de 700 000 tonnes de pierres sont ainsi déversées.
Le saviez-vous ? Pour reconnaître leurs groupes dans le flot, les conducteurs peignent des insignes sur leurs camions : un trèfle, une coccinelle, un ours… C’est sur ces camions qu’apparaissent les premiers insignes d’unité peints.
Pourquoi « Voie sacrée » ?
C’est l’écrivain et député Maurice Barrès qui lui donne ce nom, au printemps 1916, en écho à la Via sacra de la Rome antique. Le mot est solennel ; il dit le sacrifice des hommes passés par là. Grâce à la relève régulière des troupes voulue par le général Pétain, une grande partie de l’armée française monte au front par elle.
Les bornes surmontées d’un casque
Après la guerre, le conseil général de la Meuse veut que le souvenir de ce passage soit « gravé sur place, kilomètre par kilomètre », comme le dit l’inscription de la première borne. Le 21 août 1922, à Bar-le-Duc, Raymond Poincaré, enfant de la ville et alors président du Conseil, scelle la borne du kilomètre zéro. La route est classée route nationale en décembre 1923.

Inauguration de la Voie sacrée à Bar-le-Duc, 21 août 1922. Photo : Agence Rol, CC0, via Wikimedia Commons.
Chaque borne est peinte en blanc, le sommet en rouge, et porte un casque de poilu en bronze entouré de lauriers ; une palme orne l’un de ses côtés. Il y en a une à chaque kilomètre, sur 57,2 km. La route, qui fut longtemps la nationale 35, est devenue la RD 1916 en 2006 ; un arrêté de 2007 lui a conservé le nom de « Voie sacrée nationale ».
Souilly, le quartier général de Pétain
À mi-chemin, le village de Souilly a gardé sa mairie au bord de la route. Le 25 février 1916, le général Pétain y installe le quartier général de la 2ᵉ armée, qui défend Verdun. En 1918, pendant l’offensive Meuse-Argonne, la mairie abrite le quartier général américain ; une plaque de bronze le rappelle.

Photo : Ketounette, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
La Voie sacrée aujourd’hui, commune par commune
Les bornes sont numérotées de Bar-le-Duc vers Verdun.
| Commune | Bornes | À voir |
|---|---|---|
| Bar-le-Duc | 1 à 3 | La borne du départ, au kilomètre zéro |
| Naives-Rosières, Rumont | 4 à 13 | Les premières bornes des champs |
| Érize-la-Brûlée, Raival, Érize-la-Petite | 14 à 23 | Une borne géante, érigée pour le Tour de France 2001 |
| Chaumont-sur-Aire, Les Trois-Domaines, Neuville-en-Verdunois, Heippes | 24 à 35 | À Heippes, en mars 1916, les munitions s’empilaient au bord de la route |
| Souilly | 36 à 40 | La mairie, quartier général de Pétain |
| Lemmes, Les Souhesmes-Rampont | 41 à 45 | La route file droit vers le nord |
| Nixéville-Blercourt | 46 à 49 | Le monument du Moulin-Brûlé, des années 1960 |
| Verdun | 50 à 57 | La dernière borne, à l’entrée de la ville |
Au Moulin-Brûlé, un chemin d’environ 200 mètres mène, juste avant la 49ᵉ borne, au monument dédié aux soldats du Train qui ont tenu la route. En 1916, c’est là qu’arrivaient les convois : les huit derniers kilomètres jusqu’à Verdun étaient sous le feu de l’artillerie allemande.
Parcourir la Voie sacrée en voiture ou à vélo
En voiture, comptez une heure de Bar-le-Duc à Verdun sans vous arrêter. Avec les haltes, prévoyez une demi-journée : borne zéro, Souilly, Moulin-Brûlé, puis Verdun. Le lendemain, enchaînez avec notre journée à Verdun.
À vélo, les 57 km se font dans la journée pour un cycliste entraîné. Mais la route reste ouverte à toute la circulation : portez un gilet visible et préférez les heures calmes.
Quelle que soit la façon de la parcourir, arrêtez-vous au moins une fois au pied d’une borne, là où l’on peut se garer sans danger. Et imaginez le passage continu des camions, jour et nuit, pendant des mois.
Les portes voisines
Au nord de Verdun, les villages détruits de la Meuse disent ce que la route a permis de défendre. À l’ouest, l’Argonne garde la mémoire de la guerre des mines : voyez notre journée en Argonne.