Mémoire · Itinéraire d’une journée
Une journée en Argonne : Vauquois, la Haute-Chevauchée et Varennes
Butte de Vauquois et guerre des mines, ossuaire de la Haute-Chevauchée, Varennes et l’arrestation de Louis XVI : une journée en Argonne, étape par étape.

- Butte de Vauquois
- Monument-ossuaire de la Haute-Chevauchée
- Varennes-en-Argonne
À une trentaine de kilomètres à l’ouest de Verdun, dans la Meuse, la forêt d’Argonne garde une autre mémoire de la Grande Guerre : celle d’un front figé pendant quatre ans, où l’on se battait aussi sous terre. Cette journée relie trois lieux proches : la butte de Vauquois, le site de la Haute-Chevauchée et le bourg de Varennes-en-Argonne, où s’est aussi joué, en 1791, un tournant de la Révolution.
Elle complète notre journée à Verdun par des lieux moins fréquentés.
Le programme de la journée
| Étape | Moment | Durée sur place | Trajet vers l’étape suivante |
|---|---|---|---|
| Butte de Vauquois | Matin | 1 h 30 | Environ 12 km, un quart d’heure |
| La Haute-Chevauchée | Fin de matinée | 1 h 30 à 2 h | Environ 7 km, dix minutes |
| Varennes-en-Argonne | Après-midi | 2 h | Retour vers Verdun en 40 minutes environ |
Première étape : la butte de Vauquois et la guerre des mines
En 1914, le village de Vauquois couronne une butte de 290 mètres qui domine la plaine. Les Allemands l’occupent en septembre 1914 et en font une forteresse. De février à mars 1915, les assauts français atteignent les ruines de l’église sans pouvoir s’y maintenir. Faute d’avancer à découvert, les deux camps s’enfoncent sous terre.
Commence la guerre des mines, menée par galeries creusées sous les lignes adverses. L’association des Amis de Vauquois et de sa région a recensé 519 explosions, 199 allemandes et 320 françaises. Les galeries s’étagent jusqu’à 100 mètres de profondeur : environ 17 km côté allemand, 5 km côté français. La plus forte explosion, allemande, a lieu le 14 mai 1916 : environ 60 tonnes d’explosif, 108 soldats français tués. La guerre des mines cesse en mars 1918 ; la butte est libérée par les Américains le 26 septembre 1918.
Du village, il ne reste rien. En surface, on marche entre des entonnoirs géants alignés sur la crête, les tranchées des deux camps à quelques mètres l’une de l’autre. Le monument, achevé en 1925 à l’emplacement de l’ancienne mairie, est dédié aux combattants et aux morts de Vauquois. Au pied de sa tour, la sculpture de Marius Roussel, qui a combattu ici avec le 31ᵉ régiment d’infanterie, montre deux soldats dans la tranchée : l’un veille, l’autre dort. Les 39 hectares de zone rouge sont classés monument historique depuis 1937.
Les galeries se visitent certains jours seulement, avec les bénévoles de l’association : renseignez-vous auprès d’elle. La visite de surface, libre, suffit à comprendre.
Deuxième étape : la Haute-Chevauchée, en forêt
Une route forestière traverse le bois sur la commune de Lachalade : c’est la Haute-Chevauchée, au milieu d’une ligne continue d’entonnoirs de mines.

Photo : Mikael EMBRY, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Le monument-ossuaire, dédié « aux morts de l’Argonne », est inauguré le 30 juillet 1922. Il est né de l’initiative de la comtesse de Martimprey, veuve d’un capitaine disparu en 1915. L’ossuaire, à l’arrière, rassemble les restes d’environ 10 000 soldats inconnus. Sur ses faces sont gravés les noms de régiments français, italiens, américains et tchécoslovaques qui ont combattu en Argonne.
- La nécropole nationale de La Forestière, le long de la même route, compte plus de 2 000 tombes. Des hortensias fleurissent entre les croix, d’où son surnom de « nécropole aux hortensias ». Elle est, comme l’ossuaire, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2023.
- Le Ravin du Génie, parcours de 1,2 km jalonné de panneaux, montre un ancien cantonnement : cuisine, écurie, abris creusés dans la pente.
- À la Croix de Pierre, l’abri du lieutenant de Courson, un petit blockhaus, est resté en l’état.
Troisième étape : Varennes-en-Argonne, où la fuite du roi s’arrête
Dans la nuit du 21 au 22 juin 1791, la berline de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de leurs enfants, qui fuit Paris vers la place forte de Montmédy, s’arrête à Varennes. Jean-Baptiste Drouet, maître de poste de Sainte-Menehould, a reconnu le roi et devancé la voiture. L’épicier Jean-Baptiste Sauce, procureur-syndic de la commune, retient la famille chez lui ; le matin du 22 juin, elle repart vers Paris, sous escorte. L’idée d’une République prend corps après cet épisode.

Photo : Ketounette, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
La tour de l’Horloge, dite tour Louis XVI, a été élevée en 1793 à la place de l’ancienne église Saint-Gengoult, dont la voûte enjambait la route : c’est avant de passer dessous que la berline a été arrêtée. Incendiée en 1914, reconstruite entre les deux guerres, elle porte une plaque qui rappelle l’événement.
Pour déjeuner, Varennes est le bourg le plus proche ; sinon, pique-niquez avant de quitter la forêt. Montez ensuite au musée d’Argonne, qui retrace l’histoire du pays depuis l’époque gallo-romaine, l’arrestation du roi et la Grande Guerre. À côté se dresse le monument de Pennsylvanie, inauguré en 1928 et dessiné par l’architecte Paul Cret. Il honore les soldats de cet État américain, ceux de la 28ᵉ division qui ont libéré Varennes le 26 septembre 1918. Sa terrasse offre une large vue sur la vallée de l’Aire.
Un jour de pluie en Argonne
L’itinéraire se passe surtout dehors. S’il pleut, gardez Vauquois, en chaussures qui supportent la boue, et le musée d’Argonne ; les galeries, un jour de visite, sont à l’abri. Écourtez la forêt : l’ossuaire se voit depuis la route. Si la pluie dure, repliez-vous sur les lieux couverts de Verdun.
Visiter l’Argonne en famille
Les entonnoirs de Vauquois font mesurer d’un coup d’œil la force des explosions ; tenez les enfants près de vous, les bords sont abrupts. Le Ravin du Génie se lit comme une enquête sur la vie des soldats. À Varennes, l’histoire du roi reconnu par un maître de poste se raconte devant la tour elle-même.
Pratique
- Y aller : depuis Verdun, comptez une quarantaine de minutes jusqu’à Vauquois, autant pour rentrer de Varennes. La voiture est indispensable.
- Prudence : en forêt, ne quittez pas les sentiers et ne touchez à aucun objet métallique ; le sol cache encore des munitions.
- Horaires, tarifs, jours de visite : renseignez-vous auprès de l’office de tourisme du pays d’Argonne et des sites officiels.
Les portes voisines
À l’est, la Voie sacrée suit la route qui ravitaillait Verdun en 1916. Au nord de Verdun, les villages détruits de la Meuse montrent jusqu’où la bataille a effacé le paysage.