Les villages détruits de la Meuse, morts pour la France à Verdun
Neuf villages effacés par la bataille de Verdun, six jamais reconstruits : leur statut unique, ce qu’on y voit et comment les visiter avec respect et prudence.

- Verdun
- Cumières-le-Mort-Homme
- Haumont-près-Samogneux
- Beaumont-en-Verdunois
- Louvemont-Côte-du-Poivre
- Bezonvaux
- Fleury-devant-Douaumont
Au nord de Verdun, dans la Meuse, des panneaux signalent en pleine forêt des villages que l’on ne voit plus. En 1916, la bataille de Verdun a détruit neuf villages ; six n’ont jamais été reconstruits. Ils existent pourtant toujours : ce sont des communes sans habitants, dites « mortes pour la France ». Les parcourir, c’est marcher dans une rue dont il ne reste que le tracé.
Neuf villages effacés par la bataille de Verdun
La bataille commence le 21 février 1916. Pendant dix mois, les deux armées se disputent quelques kilomètres de collines, de bois et de ravins. Les villages qui s’y trouvaient disparaissent sous les obus, maison après maison, jusqu’à ce que leur emplacement se confonde avec le reste du champ de bataille.
Les neuf villages détruits sont Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Douaumont, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux, Louvemont-Côte-du-Poivre, Ornes et Vaux-devant-Damloup. Après la guerre, on décide de ne pas les rattacher à des communes voisines, pour garder leur nom et leur mémoire. Douaumont, Ornes et Vaux ont été en partie reconstruits et comptent quelques habitants. Les six autres sont restés vides.
Des communes sans habitants, mais avec un maire
Leur statut n’existe nulle part ailleurs en France. Depuis 1919, chacune des six communes inhabitées est administrée par un conseil de trois membres nommés par le préfet de la Meuse, dont l’un fait fonction de maire. Il porte l’écharpe tricolore et tient des registres d’état civil qui restent vides. En revanche, il ne participe pas à l’élection des sénateurs.
Les villages habités, eux, ont un conseil municipal élu. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2019, Douaumont et Vaux-devant-Damloup forment ensemble la commune de Douaumont-Vaux.
La zone rouge et la forêt de Verdun
Après l’armistice, les terres les plus bouleversées sont classées en zone rouge : trop criblées d’obus, trop chargées de munitions non explosées et de restes humains pour être cultivées ou habitées. L’État les rachète et les fait reboiser, à grande échelle à partir de la fin des années 1920. La forêt qui recouvre aujourd’hui les villages est née de ce reboisement. Sous les arbres, le sol garde partout la trace des trous d’obus.

Le Mort-Homme, près de Cumières, après les combats ; photographie allemande publiée en 1917. Photo : auteur inconnu (Der Weltkrieg im Bild, 1917), domaine public, via Wikimedia Commons.
Ce que l’on voit dans un village détruit
N’attendez pas de ruines spectaculaires : il ne reste presque rien. Ce qui frappe, c’est le relief du sol, bosselé d’entonnoirs, et le silence. Chaque village a reçu une chapelle-abri et un monument aux morts ; la plupart des chapelles datent de 1932 ou 1933, et plusieurs sont inscrites au titre des monuments historiques depuis 2021.
Dans certains villages, des plaques ou des bornes indiquent l’emplacement des maisons, des rues, de la forge ou de l’école. À Fleury-devant-Douaumont, les trois anciennes rues ont été retracées en 1972, avec une borne pour chaque maison.

Photo : TCY, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Les villages un par un
| Village | Aujourd’hui | Ce qu’on y voit |
|---|---|---|
| Beaumont-en-Verdunois | Sans habitants | Chapelle Saint-Maurice (1933), monument aux morts, emplacements des maisons ; tout près, au bois des Caures, la stèle du lieutenant-colonel Driant, tué le 22 février 1916 |
| Bezonvaux | Sans habitants | Chapelle Saint-Gilles (1932), Grande Rue signalée, stèle rappelant le passage du sergent André Maginot |
| Cumières-le-Mort-Homme | Sans habitants | Chapelle Saint-Remi (1933) et monument « Cumières village anéanti » |
| Fleury-devant-Douaumont | Sans habitants | Chapelle Notre-Dame-de-l’Europe, rues retracées et bornes des maisons, à côté du Mémorial de Verdun |
| Haumont-près-Samogneux | Sans habitants | Chapelle Saint-Nicolas (1932), poste de commandement du lieutenant-colonel Driant |
| Louvemont-Côte-du-Poivre | Sans habitants | Chapelle (1932) à l’emplacement de l’église Saint-Pierre-ès-Liens |
| Ornes | Quelques habitants | Ruines de l’église Saint-Michel, chapelle (1932) |
| Douaumont | Quelques habitants (Douaumont-Vaux) | Chapelle Saint-Hilaire (1932) ; l’Ossuaire et le fort sont tout proches |
| Vaux-devant-Damloup | Reconstruit (Douaumont-Vaux) | Chapelle commémorative (1932) |
Le Mort-Homme et Cumières, sur la rive gauche
Cumières se trouve sur la rive gauche de la Meuse. Au-dessus s’élève le Mort-Homme, une colline à deux sommets, les cotes 295 et 265. Les Allemands l’attaquent à partir du 6 mars 1916 ; les Français ne le reprennent qu’en août 1917. Sur la colline, le monument de la 69ᵉ division d’infanterie, sculpté par Jacques Froment-Meurice et installé en 1922, représente un squelette de soldat qui se dégage de son suaire.
Le saviez-vous ? En 1916, la commune d’Allemagne, dans le Calvados, a demandé à changer de nom en hommage au village détruit de Fleury. Le changement est validé en 1917 : elle s’appelle depuis Fleury-sur-Orne.
Visiter les villages détruits avec respect et prudence
Ces lieux sont des tombes autant que des villages : des restes de soldats sont encore enfouis dans leur sol. Parlez bas, ne pique-niquez pas au pied des chapelles, laissez les chiens en laisse.
La prudence n’est pas une formule. Le sol contient toujours des munitions, parfois à fleur de terre. Les panneaux rouges fixés aux arbres rappellent que la zone reste dangereuse.
- Restez sur les chemins et les sentiers balisés.
- Ne touchez à aucun objet métallique, même rouillé, même petit. Notez l’endroit et prévenez la gendarmerie.
- Pas de détecteur de métaux : la recherche d’objets sans autorisation est interdite.
- Chaussures fermées, les sous-bois sont souvent humides.
Tous les villages se rejoignent en voiture, à moins d’une demi-heure de Verdun. Fleury se visite facilement avec le Mémorial et l’Ossuaire : il fait partie de notre journée à Verdun. Pour un deuxième jour, Beaumont, Haumont et Louvemont se groupent au nord, Bezonvaux et Ornes au nord-est, Cumières à l’ouest.
Les portes voisines
La route qui a permis de défendre ces collines part de Bar-le-Duc : c’est la Voie sacrée. À l’ouest, l’Argonne raconte une autre guerre, celle des mines : voyez notre journée en Argonne.