Villages et paysages · Une porte, un village
Saint-Quirin, l’orgue Silbermann et la Haute-Chapelle dans les Vosges mosellanes
Priorale à bulbes, orgue Silbermann de 1746, Haute-Chapelle et forêt : que voir à Saint-Quirin (Moselle) et comment y passer une journée.

- Saint-Quirin
- Abreschviller
- Sarrebourg
- Dabo
- Le Donon
Saint-Quirin est un village de Moselle, niché dans le massif des Vosges, au sud de Sarrebourg. Ici, la Lorraine change de visage : plus de plateaux ni de vergers, mais des vallées étroites, du grès rose et des forêts qui couvrent l’essentiel de la commune. Au milieu, une église baroque à bulbes qu’on croirait venue d’Autriche.
Un village-rue au pied des Vosges
Saint-Quirin compte moins de sept cents habitants, pour une commune immense de plus de 53 km², qui monte de 282 à 897 mètres d’altitude. Près de neuf dixièmes de son territoire sont boisés. Le village lui-même est un village-rue lorrain : deux rangées de maisons mitoyennes se font face le long de la rue principale, séparées par les usoirs, ces espaces publics où l’on rangeait autrefois le matériel agricole et le bois.
Il fait partie des Plus Beaux Villages de France, et porte aussi les labels Station verte et Villes et villages fleuris.
Les reliques et la mule
Saint Quirin est un martyr romain, tribun militaire. En 1049, le pape Léon IX remet ses reliques à Gepa de Dagsburg, fille du comte Hugues VIII. Selon la légende, pendant leur transport vers Neuss, en Rhénanie, la mule qui les portait se serait arrêtée à l’emplacement de l’actuelle Haute-Chapelle.
Le prieuré, rattaché à l’abbaye bénédictine de Marmoutier, en Alsace, devient un important lieu de pèlerinage. Son église est consacrée en 1123. Détruite pendant la guerre de Trente Ans, elle est reconstruite au début du XVIIIᵉ siècle : achevée en 1722, elle est consacrée en 1724. Le prieuré est supprimé en 1769.
L’église priorale et son orgue Silbermann
La priorale est bâtie en grès rouge des Vosges. On la reconnaît de loin à ses trois clochers à bulbes, dont deux à triple bulbe. Le mobilier intérieur date des années 1740. À côté, l’ancien prieuré garde un oriel d’angle et deux frontons sculptés.
Le trésor de l’église est son orgue. Il a été construit par Jean-André Silbermann, de la famille Silbermann, facteurs d’orgues à Strasbourg, et installé en juin et juillet 1746. C’est un instrument de style français, de quinze jeux. Son histoire n’a pas été paisible : modifié en 1904, privé de ses tuyaux de façade réquisitionnés par l’armée allemande en 1917, remanié en 1942, il a été rendu à son état d’origine dans les années 1960 par le facteur strasbourgeois Alfred Kern. Il est classé monument historique. Chaque année, en juin, un festival lui est consacré : renseignez-vous auprès de la commune pour le programme.
Monter à la Haute-Chapelle
Au-dessus du village, sur sa butte, la Haute-Chapelle se voit de partout. C’est une petite chapelle romane en grès rose, d’une quinzaine de mètres de long, dont certains éléments remontent au XIIIᵉ siècle ; elle a été restaurée en 1901 puis dans les années 1960. Ses vitraux sont signés Honer, un atelier de Nancy. Chaque année, le jour de l’Ascension, une procession y monte, et une foire se tient au village, attestée depuis 1471.

Photo : Ji-Elle, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
En contrebas du prieuré, la fontaine miraculeuse passait pour guérir les écrouelles, une maladie de peau : selon la croyance populaire, son eau soulagerait bien des maux.
Lettenbach, le hameau des verriers
Dans un vallon voisin, le hameau de Lettenbach a vécu du verre pendant quatre siècles. Dès le XVᵉ siècle, les moines du prieuré y installent une verrerie pour exploiter leurs forêts. Au XVIIIᵉ siècle, elle devient manufacture royale sous Louis XV, puis nationale sous la Révolution et impériale sous Napoléon Iᵉʳ. On y faisait du verre à vitre, de la gobeleterie, des miroirs et du cristal. L’activité cesse en 1888 et part à Cirey-sur-Vezouze. De l’usine, il ne reste que les soupiraux des galeries souterraines ; l’église des verriers, de 1756, est toujours là. Le verre lorrain vous intéresse ? Notre article sur le cristal de Baccarat prolonge l’histoire.
Une journée à Saint-Quirin
Les sept sanctuaires de la commune et des villages voisins, surnommés les « sept roses », sont reliés par une boucle de randonnée d’environ 18 kilomètres. Voici une journée plus tranquille :
| Moment | Où | Durée |
|---|---|---|
| Matin | La priorale, l’orgue et le village | 1 h |
| Fin de matinée | Montée à la Haute-Chapelle, à pied | à votre rythme |
| Midi | Pique-nique en lisière de forêt | 1 h |
| Après-midi | Lettenbach et l’église des verriers, puis un tronçon des sentiers | 2 h |
Avec des enfants, la Haute-Chapelle fait un bon but de promenade si l’on choisit le chemin le plus court ; la forêt et ses rochers de grès font le reste. Avec un chien, les sentiers conviennent, en laisse près des troupeaux. Prévoyez de bonnes chaussures : on est en moyenne montagne. Les saisons comptent beaucoup ici ; voyez notre article Quand venir en Lorraine.
Saint-Quirin dans le massif : les portes voisines
- Abreschviller, la commune voisine, est le point de départ d’un chemin de fer forestier créé en 1884. La ligne touristique, à voie étroite de 70 cm, file sur 6 km jusqu’à Grand-Soldat, d’avril à octobre, parfois derrière une locomotive à vapeur de 1906.
- Dabo et son rocher de grès, à 664 mètres : le château des comtes de Dabo, détruit sur ordre de Louis XIV en 1679, a laissé place à une chapelle dédiée à Léon IX, surmontée d’une tour belvédère.
- Le Donon, à 1 008 mètres, côté Bas-Rhin : un sanctuaire gallo-romain, et au sommet un temple de style antique construit en 1869.
- Sarrebourg, au nord, pour la gare et pour la chapelle des Cordeliers : son vitrail La Paix, de Marc Chagall, mesure 12 mètres de haut sur 7,5 de large et y a été posé en 1976. Venir en train jusque-là ? Voir Visiter la Lorraine sans voiture.