Le cristal de Baccarat : histoire, métier et visite en Meurthe-et-Moselle
De la verrerie Sainte-Anne de 1764 au premier four à cristal de 1816 : l’histoire du cristal de Baccarat, ses métiers, son musée et l’église Saint-Rémy.

Baccarat est une petite ville de Meurthe-et-Moselle, posée dans la vallée de la Meurthe entre le plateau de Deneuvre et les collines boisées. Son nom a fait le tour du monde grâce à une seule maison : la cristallerie fondée ici au XVIIIᵉ siècle. Venir à Baccarat, c’est voir d’où sortent des lustres de palais, et comprendre qu’un verre se fabrique encore à la main.
Pourquoi une verrerie à Baccarat en 1764
Tout commence par une affaire de bois. En 1760, les salines de Rozières ferment : leurs eaux sont devenues trop peu salées. Le bois des Vosges, qu’on y acheminait par flottage sur la Meurthe, se retrouve sans emploi. Il faut beaucoup de bois pour chauffer un four de verrier.
En 1764, Louis XV autorise l’évêque de Metz, Mgr Louis-Joseph de Montmorency-Laval, à créer à Baccarat une verrerie, la verrerie Sainte-Anne. L’argument avancé est simple : la France « manque de verrerie d’art ». On n’y fait pas encore de cristal.
1816 : le premier four à cristal
En 1816, l’établissement, alors en friche, est racheté par Aimé-Gabriel d’Artigues, industriel déjà propriétaire de la cristallerie de Vonêche, dans l’actuelle Belgique. Les frontières de 1815 venaient de placer Vonêche hors de France : produire à Baccarat lui permettait de garder ses clients français sans payer de droits d’entrée. Le premier four à cristal s’allume le 15 novembre 1816.
Le cristal diffère du verre ordinaire par sa composition, qui lui donne plus d’éclat et de sonorité, et permet une taille profonde. C’est cette matière qui va faire la réputation de la maison.
Des Expositions universelles aux palais
Les premières reconnaissances arrivent vite. En 1823, Baccarat obtient une médaille d’or à l’exposition nationale de Paris et reçoit sa première commande royale, de Louis XVIII. Une longue série de commandes pour des cours et des chefs d’État suit.
En 1841 naît un modèle de verre à la ligne sobre, à pied à triple bouton ; il prendra en 1925 le nom de Harcourt et reste l’un des plus connus de la maison. En 1855, à la première Exposition universelle de Paris, Baccarat reçoit la grande médaille d’honneur. En 1867, elle expose deux vases gravés à la main par Jean-Baptiste Simon, qui ont demandé chacun environ un an de travail.

Lustre de Baccarat, gravure parue dans Les merveilles de l’industrie de Louis Figuier, 1873. Photo : Bibliothèque de l’université de Séville, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Les luminaires deviennent une spécialité. Un grand candélabre présenté à l’Exposition universelle de 1878, haut de près de quatre mètres et fait de plus de 3 000 pièces de cristal, séduit le tsar Nicolas II lors d’un passage à Paris en 1896 : il en commande des versions électrifiées pour ses palais de Saint-Pétersbourg.
À la fin du XIXᵉ siècle, la ville vit au rythme de l’usine. En 1891, sur 5 723 habitants, 4 189 y travaillent ou en dépendent.
Le métier : souffleurs, tailleurs, graveurs, doreurs
Une pièce de Baccarat passe par plusieurs mains. Au travail à chaud, le souffleur cueille au bout de sa canne une paraison de cristal en fusion, autour de 1 250 °C, la tourne sans arrêt, la souffle et la façonne pendant qu’elle refroidit. Certaines pièces sont moulées. Le cristal passe ensuite lentement dans une arche de refroidissement.
Vient le travail à froid : les tailleurs creusent les facettes à la meule, les graveurs dessinent les motifs fins, les doreurs posent l’or. Dans la maison, on dit qu’il faut une quinzaine d’années pour qu’un verrier maîtrise vraiment le cristal. Plusieurs artisans de la manufacture ont reçu le titre de Meilleur Ouvrier de France.
Depuis 1936, chaque pièce porte la marque de la maison, gravée à l’acide ou au jet de sable.
Que voir à Baccarat
Le musée
Depuis le 4 octobre 2023, les collections de la maison sont présentées dans un espace ouvert au centre de la ville, au bord de la Meurthe, à quelques centaines de mètres des ateliers. Il est présenté sous le nom de « Baccarat Collection » ou « Baccarat musée et café ». Plusieurs centaines de pièces retracent l’histoire de la manufacture depuis 1764 : lustres, services de table, flacons de parfum, verres de couleur, objets commandés par des personnalités.

Plat en cristal photographié au musée de la cristallerie, à Baccarat. Photo : Havang(nl), CC0, via Wikimedia Commons.
Comptez une heure à une heure et demie. Les ateliers de la manufacture, eux, restent un lieu de production : pour savoir si des visites y sont proposées, renseignez-vous auprès de l’office de tourisme.
L’église Saint-Rémy
Ne quittez pas Baccarat sans elle. L’ancienne église du XIXᵉ siècle est détruite en 1944. La nouvelle est construite de 1953 à 1957 par l’architecte Nicolas Kazis, tout entière placée sous le signe du triangle, symbole de la Trinité. Son clocher en forme de trièdre s’élève à 55 mètres.
À l’intérieur, la lumière passe par des parois de cristal. Entrez un jour de soleil et asseyez-vous quelques minutes : la nef se couvre de taches colorées qui bougent avec les heures. De part et d’autre du chœur, deux ensembles symétriques représentent les douze apôtres avec leurs attributs.
Le saviez-vous ? Les vitraux de Saint-Rémy sont faits de 4 000 dalles de cristal de Baccarat de 2,5 cm d’épaisseur, taillées en quelque 20 000 morceaux et prises dans le béton, en plus de 150 nuances. L’église entière est classée monument historique depuis le 17 juin 2013.
Pratique
- Y aller : Baccarat a une gare sur la ligne de Lunéville à Saint-Dié-des-Vosges ; en voiture, suivez la vallée de la Meurthe depuis Lunéville. Pour organiser un séjour en train, voyez notre guide pour visiter la Lorraine sans voiture.
- Horaires et tarifs : ceux du musée et de l’église changent selon les saisons ; renseignez-vous auprès de l’office de tourisme ou du site officiel de la maison.
- Avec des enfants : le musée se visite vite avec eux ; misez sur les lustres et les couleurs de l’église.
- Accessibilité : renseignez-vous avant de venir, surtout pour l’église.
Les portes voisines
- Lunéville, à 25 km : son château et l’histoire de sa faïence, que nous racontons dans la faïence de Lunéville–Saint-Clément.
- Nancy, pour la place Stanislas et les verriers de l’École de Nancy : voir Nancy en une journée.
- Longwy, plus au nord, pour un autre art du feu : les émaux de Longwy.