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Savoir-faire

Les émaux de Longwy : technique, histoire, musée et citadelle de Vauban

Faïencerie fondée en 1798, émaux cernés nés vers 1870, décors d’Orient et Art déco : les émaux de Longwy, leur musée et la ville haute fortifiée par Vauban.

Publié le 26 septembre 2026

Dans un atelier, une décoratrice pose au pinceau des émaux sur un grand vase rond peint d’oiseaux et de fleurs exotiques
Photo : NatMT, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Longwy est une ville de Meurthe-et-Moselle, au nord de la Lorraine, à deux pas de la Belgique et du Luxembourg. On la connaît pour son passé sidérurgique, pour sa ville haute fortifiée par Vauban, et pour un art du feu qui porte son nom : les émaux de Longwy, ces faïences aux couleurs vives et au fin réseau de craquelures, qu’on reconnaît de loin sur un buffet.

De la faïencerie de 1798 aux premiers émaux

L’histoire commence par une faïencerie ordinaire. En 1798, Charles Régnier installe une manufacture dans un ancien couvent de carmes devenu bien national. On y fait de la vaisselle, des services utilitaires. En 1816, après un arrêt dû aux guerres de l’Empire, l’entreprise passe à Jean-Antoine de Nothomb. Sa fille épouse en 1832 le baron belge Henri-Joseph d’Huart, qui modernise la production.

Le tournant vient avec ses deux fils, Fernand et Hippolyte d’Huart, à la tête de la faïencerie à partir de 1866. Vers 1870, la France se passionne pour les cloisonnés venus d’Extrême-Orient, des émaux sur métal séparés par de fines cloisons. À Longwy, on invente une manière de retrouver cet effet sur la faïence. On associe souvent à cette naissance le nom du décorateur Amédée de Caranza.

Plateau à anses en faïence émaillée, avec quatre coquilles bleu turquoise et, en relief, des fruits, des pampres et des épis de blé

Plateau du XIXᵉ siècle, musée municipal de Longwy. Photo : Vassil, CC0, via Wikimedia Commons.

Comment on fabrique un émail de Longwy

La différence avec le cloisonné est essentielle : ici, pas de cloisons de métal. Le dessin noir, le « cerne », sert de guide sur la terre poreuse. D’où le nom d’émaux cernés. Les étapes, dans l’ordre :

  1. Le biscuit. La pièce façonnée est cuite une nuit, vers 1 050 °C.
  2. Le cerne. Le décor est tracé en noir sur le biscuit, à la main ou par impression.
  3. L’émaillage. Chaque alvéole ainsi délimitée est remplie goutte à goutte d’émail coloré, au pinceau ou avec une fine baguette de bois. Les émaux forment un léger relief.
  4. Les cuissons. La pièce émaillée cuit une nuit vers 750 °C, puis une seconde fois à la même température. Si le décor comporte de l’or, une troisième cuisson, vers 600 °C, le fixe.
  5. Les craquelures. En refroidissant, l’émail se fend d’un réseau de fines craquelures. On y passe de la terre de Sienne ou un colorant pour les faire apparaître.

Selon sa complexité, une pièce demande de deux à quatre semaines. La décoration seule prend de 30 à 50 heures : c’est le geste que montre la photo de couverture.

Des décors venus d’Orient, puis l’Art déco

À partir de 1885, la faïencerie cherche ses motifs du côté de la Chine, du Japon, d’Iznik, de la Perse ou de l’Égypte. De cette période date un décor devenu emblématique : un semis de fleurs de pommier blanches et roses sur fond bleu, d’inspiration japonaise, toujours produit.

Après 1918, l’Art déco renouvelle le style. Longwy travaille avec Primavera, l’atelier d’art des magasins du Printemps, et avec des décorateurs comme Claude Lévy, Jean Luce ou Jean Olin. La faïencerie participe en 1925 à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, à Paris.

Les ateliers d’émaux aujourd’hui

La faïencerie historique a connu une faillite en 1977 et une relance dès 1978, puis plusieurs reprises. Aujourd’hui, le savoir-faire se partage entre quelques ateliers de Longwy et des environs, labellisés Entreprise du patrimoine vivant ; l’un d’eux cuit encore au four à bois. Leurs conditions de visite varient : renseignez-vous auprès de l’office de tourisme.

Le musée des Émaux et Faïences

C’est le meilleur point de départ. Le musée municipal des Émaux et Faïences occupe depuis 1975 l’ancienne boulangerie militaire de la citadelle, juste à côté de la porte de France. Labellisé musée de France, il retrace plus de deux siècles de production : faïences utilitaires dès 1798, majoliques et barbotines du XIXᵉ siècle, puis émaux cernés depuis les années 1870. Il conserve aussi une importante collection de fers à repasser.

Un transfert du musée vers l’ancienne Banque de France de Longwy-Bas est en projet depuis plusieurs années. Vérifiez l’adresse et les horaires sur le site de la ville avant de venir. Comptez une heure à une heure et demie.

Longwy-Haut, la ville neuve de Vauban

Le musée se trouve au cœur d’un ensemble classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis le 7 juillet 2008, avec onze autres sites du réseau des fortifications de Vauban. De 1679 au début des années 1690, l’ingénieur de Louis XIV bâtit ici une ville neuve, sur un plan hexagonal à six bastions. On y trouve une église, un arsenal, des casernes et plusieurs puits, dont le puits de siège.

La porte de France de Longwy : portail de pierre à arcade orné de trophées sculptés, précédé d’un pont qui franchit le fossé

Photo : Claude Humbert, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La porte de France, construite en 1683 et restaurée en 1859, est l’entrée sud de la ville haute et son symbole. Elle est classée monument historique depuis 1913. Passez-la à pied, puis faites le tour des remparts et de la place d’Armes : une heure suffit.

En résumé

  • Pour qui : les amateurs d’arts décoratifs, les chineurs, les familles curieuses de voir comment naît une couleur.
  • Combien de temps : une demi-journée pour le musée et la ville haute.
  • Et ensuite : un autre art du feu lorrain vous attend avec la faïence de Lunéville–Saint-Clément ou le cristal de Baccarat. Plus près, à moins d’une heure de route vers la Meuse, Marville et ses façades Renaissance, puis Avioth et sa basilique.