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Marville, façades Renaissance et cimetière Saint-Hilaire dans le nord de la Meuse

Maisons de marchands du XVIᵉ siècle, église Saint-Nicolas, ossuaire et Christ aux liens du cimetière Saint-Hilaire : que voir à Marville, en Meuse.

Publié le 26 septembre 2026

Deux maisons Renaissance en pierre blonde sur la Grande Place de Marville, pilastres sculptés et géraniums rouges aux fenêtres
Photo : MOSSOT, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Marville est une petite ville de la Meuse, à une dizaine de kilomètres de la frontière belge, dans la vallée de l’Othain. Elle compte un peu plus de cinq cents habitants, et l’on y croise pourtant des façades de marchands que ne renierait pas une grande ville. La raison tient dans une histoire à part : pendant des siècles, Marville n’a été ni tout à fait lorraine, ni tout à fait luxembourgeoise.

Marville, cité des Terres communes

Au début du XIIIᵉ siècle, Thiébaut Iᵉʳ, comte de Bar, affranchit la communauté des habitants selon la loi de Beaumont. Marville devient ensuite la capitale des Terres communes, un petit territoire possédé à parts égales par le comté de Bar et par le Luxembourg. Cette indivision, qui dure du XIIIᵉ au XVIIᵉ siècle, offre aux habitants une neutralité profitable.

En 1441, le Luxembourg est vendu au duc de Bourgogne Philippe le Bon. Par le jeu des héritages, il passe aux Habsbourg, puis à Charles Quint : Marville se retrouve dans l’orbite des Pays-Bas espagnols. C’est sa période la plus florissante. Entre 1477 et 1634, le commerce des marchandises y est multiplié par sept, et Marville est la seule des Terres communes à tenir des foires. Au XVIᵉ siècle, elle est la deuxième ville du Luxembourg.

Le traité des Pyrénées, en 1659, la fait entrer dans le royaume de France. Devenue française, Marville perd peu à peu son importance, mais garde ses façades.

Les façades Renaissance de la Grande Place

Commencez par la Grande Place. Aux numéros 16 et 18, deux maisons de négociants du XVIᵉ siècle se touchent. Regardez les pilastres : leurs chapiteaux changent d’un étage à l’autre, comme dans les traités d’architecture de la Renaissance. Les combles, très hauts, servaient d’entrepôts. La maison sud, endommagée pendant la Seconde Guerre mondiale, a été démontée puis remontée pierre par pierre en 1975.

Poursuivez dans la Grande Rue, où l’hôtel d’Égremont et la maison du Chevalier Michel sont classés monuments historiques, puis rue des Prêtres et rue du Tripot. La ville compte dix-neuf monuments protégés, et fait partie du réseau des Petites Cités de Caractère.

L’église Saint-Nicolas

L’église est mentionnée pour la première fois en 1227. Son portail a été refait au début du XVᵉ siècle, et des chapelles gothiques s’y sont ajoutées au fil de deux siècles : celle du Jour et de l’Aurore en 1472, Notre-Dame des Pelletiers en 1479, Sainte-Croix en 1517, Saint-Georges en 1536. À l’intérieur, ne manquez pas la remarquable tribune d’orgue gothique. La Vierge à l’Enfant du portail, abîmée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, a été mise à l’abri dans la chapelle du Jour et de l’Aurore. L’église est classée depuis 1920.

Le cimetière Saint-Hilaire et son ossuaire

Il faut monter un peu : le cimetière occupe la colline Saint-Hilaire, à plus de cinq cents mètres du centre, par un chemin. C’est le lieu le plus saisissant de Marville.

La chapelle Saint-Hilaire de Marville, façade à rosace et petit clocher, au milieu des tombes anciennes du cimetière

Photo : Ketounette, CC0, via Wikimedia Commons.

La chapelle Saint-Hilaire, des XIIᵉ au XIVᵉ siècles, fut la première église paroissiale de Marville. Seuls les nobles et les bienfaiteurs pouvaient être enterrés à l’intérieur. Vers 1875, un inspecteur des monuments historiques y fit rentrer les monuments funéraires les plus anciens, pour les protéger : la chapelle est devenue une sorte de musée lapidaire. Dehors, les tombes de marchands et d’officiers des ducs de Luxembourg et de Lorraine racontent la richesse passée de la ville. L’ensemble du cimetière est classé depuis 1931.

L’ossuaire, de la fin du XVᵉ ou du XVIᵉ siècle, recevait les ossements exhumés chaque fois qu’on ouvrait une nouvelle tombe. Il y en avait des centaines en Lorraine ; celui de Marville est le dernier conservé en Meuse. Certains crânes portent encore une inscription.

Le saviez-vous ? La façade de l’ossuaire annonce 40 000 crânes. Les travaux menés à partir de 2015 ont permis de compter : on y trouve les restes d’au moins 6 000 personnes, soit de l’ordre de 40 000 ossements. Le chiffre de la façade correspond donc plutôt au nombre d’os.

Le Christ aux liens

Dans le cimetière, abrité dans une niche, se tient un Christ aux liens du début du XVIᵉ siècle, que l’on prête à l’atelier de Ligier Richier. Couronné d’épines, les traits tirés, il montre le Christ captif avant la crucifixion. La musculature du corps, très travaillée, suit les canons de la Renaissance. Si vous avez vu le retable de la Passion d’Hattonchâtel, vous reconnaîtrez cette façon de faire pleurer la pierre.

Tête du Christ aux liens de Marville, couronné d’épines, sculpture en pierre au visage douloureux

Photo : Ketounette, CC0, via Wikimedia Commons.

Combien de temps prévoir à Marville

  • Une heure : la Grande Place, la Grande Rue, l’église.
  • Deux heures : ajoutez la montée au cimetière Saint-Hilaire et le temps de lire les tombes.
  • Avec des enfants : la ville leur plaît moins que les châteaux forts ; le cimetière et l’ossuaire peuvent impressionner les plus jeunes. Prévenez-les, ou gardez-le pour les plus grands.
  • Accès : Marville se rejoint en voiture ; garez-vous hors du centre ancien et visitez à pied. Le cimetière est accessible toute l’année, mais le chemin est en pente et peut être glissant par temps de pluie.
  • Horaires : ceux de l’église varient ; renseignez-vous auprès de l’office de tourisme.

Avant de partir

Marville se combine bien avec Avioth, à moins de vingt kilomètres au nord, et sa basilique gothique : voir notre fiche Avioth. Montmédy et sa citadelle sont sur le chemin. En fin d’été, les vergers de Meuse donnent la mirabelle : notre fiche La mirabelle de Lorraine explique comment la choisir. Et si vous remontez ensuite vers Longuyon et Longwy, vous retrouverez la cité des émaux de Longwy.